Eren vs Armin : deux visions de la liberté

Eren et Armin incarnent deux visions opposées de la liberté dans L’Attaque des Titans. À travers leur opposition, explorons une question fondamentale : peut-on être libre sans sacrifier la liberté des autres ?

LIBERTÉ

MangaPhilo

10/4/20265 min read

Dans L'Attaque des Titans, Eren Jäger et Armin Arlert partagent un rêve : découvrir un monde libre. Pourtant, au fil de leur histoire, leurs chemins divergent jusqu'à incarner deux conceptions radicalement opposées de la liberté. L'un est prêt à détruire le monde pour ne plus être prisonnier. L'autre refuse de croire que la liberté puisse exister sans reconnaissance de l'humanité d'autrui.

Introduction : Le rêve d'un monde sans frontières

Depuis leur enfance, Eren et Armin nourrissent un même désir : voir ce qui se trouve au-delà des murs. Pour eux, ces frontières ne sont pas seulement des obstacles physiques. Elles symbolisent l'enfermement, l'ignorance et la privation d'un droit fondamental : celui de choisir sa propre existence. Mais lorsque la vérité sur le monde extérieur éclate, leur rêve commun se transforme en un conflit moral.

Eren découvre que la liberté qu'il recherche est menacée par des forces extérieures. Armin, lui, comprend que le monde est bien plus complexe que ce qu'ils imaginaient. Il ne se résume pas à une opposition entre ceux qui enferment et ceux qui sont enfermés.

Dès lors, une question se pose : la liberté est-elle un droit que l'on peut revendiquer pour soi seul, ou implique-t-elle nécessairement celle des autres ?

Eren : la liberté comme refus absolu de la domination

Pour Eren, être libre signifie avant tout ne dépendre de personne. Il refuse que son existence soit déterminée par une volonté extérieure, qu'elle provienne d'un ennemi, d'une autorité ou d'un système. Sa conception de la liberté repose sur une idée radicale : aucune limite ne devrait pouvoir empêcher un individu de poursuivre son objectif.

Cette vision peut être rapprochée de la philosophie de Friedrich Nietzsche, notamment de sa réflexion sur la volonté de puissance. Sans réduire la pensée de Nietzsche aux actes d'Eren, on peut observer une proximité dans le refus de la passivité et dans l'affirmation d'une volonté qui cherche à dépasser les obstacles.

Cependant, Eren franchit une frontière essentielle. Sa quête de liberté ne se limite plus à sa propre émancipation : elle devient une entreprise de domination sur le destin des autres. Le paradoxe est alors saisissant. Celui qui refuse d'être soumis finit par imposer sa volonté à des millions d'individus.

Eren veut abolir les chaînes qui l'entravent, mais sa méthode consiste à en forger de nouvelles pour autrui. Sa liberté devient-elle encore une liberté lorsqu'elle repose sur la négation de celle des autres ?

Armin : la liberté comme ouverture au monde

Armin incarne une conception différente. Pour lui, la liberté ne se résume pas à l'absence de contraintes. Elle se trouve également dans la possibilité de découvrir, de comprendre et de choisir. Son rêve de voir l'océan illustre cette aspiration. L'océan représente un horizon ouvert, une promesse de connaissance et la possibilité d'un monde qui ne se limite pas à la peur.

Contrairement à Eren, Armin ne considère pas l'inconnu comme une menace qu'il faudrait nécessairement éliminer. Il y voit une occasion de dépasser ses propres limites. Sa philosophie rejoint, sur certains aspects, la pensée d'Emmanuel Levinas, pour qui la rencontre avec autrui impose une exigence éthique. L'autre n'est pas un simple obstacle à notre liberté : il est une personne dont l'existence doit être reconnue.

Cette perspective ne signifie pas qu'Armin ignore la violence du monde ou qu'il croit naïvement à une paix immédiate. Elle signifie plutôt qu'il refuse de considérer la destruction comme l'unique réponse possible. Là où Eren cherche à supprimer les menaces, Armin cherche encore à comprendre ce qui les produit.

Sa liberté est une liberté de relation, qui ne peut pleinement s'accomplir dans un monde où l'autre est privé de son humanité.

Le paradoxe de la liberté : quand la libération devient oppression

L'opposition entre Eren et Armin révèle une contradiction fondamentale. Si chacun revendique une liberté absolue, que se passe-t-il lorsque les libertés entrent en conflit ?

La philosophie politique de John Stuart Mill apporte un éclairage intéressant. Dans De la liberté, il défend l'idée que la liberté individuelle doit être protégée, mais que son exercice trouve une limite lorsqu'il porte préjudice à autrui.

Cette réflexion permet de distinguer deux conceptions :

  • Une liberté conçue comme pouvoir d'agir sans entrave, même au détriment des autres.

  • Une liberté conçue comme coexistence, dans laquelle chacun peut poursuivre son existence sans détruire celle d'autrui.

Eren représente la première dans sa forme la plus extrême. Armin défend davantage la seconde. Leur conflit nous confronte ainsi à une question qui dépasse largement la fiction : peut-on justifier n'importe quel acte au nom de la liberté ?

L'histoire d'Eren montre le danger d'une liberté qui devient une fin absolue, détachée de toute responsabilité morale. Car si la liberté consiste à pouvoir imposer sa volonté à tous, elle cesse d'être un droit universel pour devenir le privilège du plus puissant.

Peut-on être libre sans être responsable ?

La véritable opposition entre Eren et Armin ne porte peut-être pas uniquement sur la liberté, mais sur la responsabilité qui l'accompagne. Être libre, c'est pouvoir choisir. Mais choisir implique également d'assumer les conséquences de ses actes.

Une liberté qui refuse toute responsabilité risque de se transformer en arbitraire. Elle ne reconnaît plus aucune valeur aux existences qui se trouvent sur son chemin. Armin nous rappelle, au contraire, que la liberté peut aussi résider dans la capacité à renoncer à la violence, à reconnaître ses erreurs et à envisager des possibilités que la peur nous empêche de voir.

Cela ne signifie pas que le dialogue résout tous les conflits. Mais cela nous oblige à nous demander si la destruction de l'autre peut réellement constituer une victoire morale.

La liberté n'est peut-être pas seulement le pouvoir de faire ce que l'on veut. Elle est aussi la capacité de reconnaître que notre volonté n'est pas la seule qui mérite d'exister.

Conclusion : Deux rêves, deux héritages

Eren et Armin poursuivent un rêve commun, mais leurs chemins révèlent deux manières de comprendre la condition humaine. Pour Eren, la liberté est une conquête absolue, quitte à sacrifier toute autre considération. Pour Armin, elle est une ouverture vers le monde, une recherche de compréhension et une possibilité de coexistence.

Leur opposition nous invite à dépasser une conception purement individuelle de la liberté. Car une liberté qui ne reconnaît pas celle des autres porte en elle les germes de sa propre contradiction.

Peut-être que la véritable liberté ne consiste pas à être le seul à pouvoir choisir, mais à vivre dans un monde où chacun en possède la possibilité.

Et vous, qu'en pensez-vous ?

Eren avait-il raison de considérer la liberté comme une priorité absolue, ou Armin incarne-t-il une conception plus juste de celle-ci ?

Peut-on réellement être libre si notre liberté exige que les autres ne le soient plus ?